Soleil amer

 

Notre projet pédagogique

Motiver les élèves, ou (r)éveiller le désir d’apprendre

Au cours de notre pratique professionnelle, nous avons très vite été interpellées  par le problème de motivation des élèves en D+ et par leur manque d’autonomie. Nous avons constaté que les projets ou les activités de groupe permettaient aux élèves de retrouver une certaine estime de soi essentielle pour avoir envie d’apprendre et de se construire des règles de vie et des compétences mobilisables dans d’autres situations d’apprentissage.

Progressivement, nous nous sommes dirigées vers les méthodes actives et nous nous sommes intéressées plus particulièrement à la pédagogie de Célestin Freinet et à la pédagogie institutionnelle de Anton Makarenko.

La pédagogie de Célestin Freinet favorise la coopération entre les élèves par opposition à une approche compétitive qui, selon lui, a l’effet pervers de limiter le développement des apprenant en  les obligeant à se priver des ressources de l’autre.  En  devenant tour à tour des ressources pour les autres et en mettant en valeur leurs compétences respectives les élèves prennent confiance en eux et deviennent autonomes.

Par ailleurs, Makarenko a mis en évidence l’importance pour éveiller le désir d’apprendre, d’une classe perçue par les élèves comme un endroit de repères, de sécurité, de vie, où l’on peut grandir et se prendre en charge en toute confiance. Peu à peu, les élèves se familiarisent avec les règles du groupe et développent la fierté de la place qu’ils prennent tout en respectant le cadre qui les enjoint à ne pas prendre toute la place.

Enfin, nous nous sommes également inspirées des travaux de Philippe Meirieu sur le travail de groupe pour mettre en place notre projet pédagogique. Il met en évidence la nécessité d’une véritable gestion pédagogique du travail de groupe afin d’éviter la division du travail en fonction des rôles habituels : les élèves travailleurs prennent la tâche en mains, les autres « chôment », s’ils ne perturbent pas le groupe,  afin d’éviter de faire baisser le niveau du travail final.

Nous déterminons ainsi les objectifs à réaliser et les tâches à mettre en oeuvre au travers de projets avec nos élèves  en suivant les 5 étapes suivantes constitutives d’un travail de groupe bien mené :


1.La finalisation

  1. Mobilisation

  2. Mise en évidence des vides et des manques

  3. Rencontre d’obstacles

  4. Que doit-on apprendre pour réaliser cette tâche seul ?


2.La socialisation

  1. Organiser

  2. Planifier

  3. Trouver sa place

  4. Respect des autres

  5. Entente


3.Le monitorat

  1. Elèves/prof

  2. Hétérogénéité

  3. Travail différencié

  4. Changer les rôles à chaque heure


4.La confrontation

  1. Mise à l’épreuve des préjugés et des représentations

  2. Argumenter sa position

  3. Avis soumis à la critique

  4. Construire un objet commun

  5. Eviter la domination

  6. Pluralisme


5.La structuration

  1. Rituels

  2. Respect et intégration des règles


Un autre modèle d’enseignant

Dans une telle approche, l’enseignant se porte garant du groupe et anime les discussions mais il délaisse son statut d’expert  en s’attelant à mettre en œuvre une nouvelle forme de collaboration avec les élèves. Ainsi, nous invitons les élèves à utiliser des dictionnaires ou des ouvrages de référence mis à leur disposition dans la classe avant de répondre à leurs questions.

La classe devient ainsi progressivement une communauté d’apprentissage au sein de laquelle l’enseignant agit davantage comme un accompagnateur, un guide et un médiateur entre l’élève et les savoirs. Ainsi, par exemple, le règlement intérieur de la classe est construit en collaboration avec les élèves mais nous restons le garant de la loi extérieure. En effet, cette pédagogie nécessite  une gestion de classe avec des règles très claires, d’après Freinet lui-même, tout réside dans la rigueur dont les enseignants font preuve sur le plan organisationnel.


Le travail en groupes et les quatre fonctions clés

Chaque groupe s’organise autour de quatre fonctions clés :

Le chef de groupe : celui-ci est le garant du bon déroulement de la séance de travail, il rappelle les objectifs du travail, il fait respecter l’ordre dans le groupe et s’assure que chacun prend la parole de façon équitable et dans le calme. Si le groupe fait trop de bruit, c’est à lui de rappeler les élèves bruyants à l’ordre.

Le gardien du temps : il s’assure que le temps imparti pour chaque tâche soit respecté, il se manifeste lorsque les discussions s’éternisent sur un point et propose de passer au point suivant, il redynamise le travail lorsque les discussions s’égarent hors sujet.

Les secrétaires : (ils sont deux pour éviter qu’une absence malencontreuse n’entrave la poursuite du travail collectif) ils assurent la mémoire du groupe, ils prennent note des résultats de la réflexion collective en soignant l’expression écrite (orthographe, syntaxe, vocabulaire…), ils invitent les élèves à reformuler leurs idées et à les clarifier afin de pouvoir rédiger un texte cohérent.

Le rapporteur : il est le lien entre le groupe et l’extérieur, c’est lui qui fait part de l’avancement du travail au professeur et qui présentera le résultat du travail collectif aux autres groupes.

À la fin de chaque séance, le groupe choisit les fonctions pour la séance suivante, chaque élève aura donc l’occasion d’endosser chaque fonction.


Concrètement : comment organiser le travail en groupes

Nos classes sont organisées en petits îlots de 5 à 6 élèves qui travaillent en collaboration dans la réalisation de tâches-problèmes ou de projets de plus grande envergure. Chaque groupe se donne un nom et apprend, au cours de l’année scolaire, à travailler ensemble dans le respect et l’écoute des autres. La solidarité est de mise puisque les élèves sont évalués sur base du travail collectif. Les élèves s’entraident afin d’atteindre un objectif commun.

Quelques exemples de travaux de groupes au cours de français :


  1. 1.Le travail en coopération : analyse ou synthèse de textes.

  2. a) Travail individuel :

    Dans un premier temps, un élève de chaque groupe lit un des six textes et souligne les mots clés dans le but de ne garder que les notions qui lui semblent essentielles. Ensuite, chacun ébauche un plan du texte. (Une idée importante par paragraphe).

  b) Travail en groupes d’experts :

    Les élèves qui ont travaillé sur le même texte se réunissent  et discutent de la pertinence des mots clés choisis, ils doivent se mettre d’accord sur le sens du texte, sur les éléments importants qui le composent et sur un plan du texte.

   c) Travail en groupes mixtes :

    Les élèves se retrouvent dans leur groupe initial et chacun apporte son analyse d’un des textes de la synthèse. Il s’agit alors de mettre en commun les différents textes pour en faire une synthèse ou une analyse  personnelle par groupe.

    d) Rapport devant le groupe-classe :

    Chaque rapporteur vient devant la classe pour rendre compte du travail de son groupe. Discussion sur les différences ou similitudes des comptes rendus.


Les notes restent en classe tant que la séquence de travail n’est pas achevée.

A la fin des séances de travail, les élèves remettent leur synthèse ou analyse au professeur.

Exemples de travaux :  synthèse de plusieurs biographies, synthèses de textes historiques, artistiques, littéraires sur un mouvement ou une époque, analyse de textes littéraires, peintures, textes théoriques illustrant un mouvement  et synthèse sur les caractéristiques de ce  mouvement.


  1. 2.Le travail en groupe de perfectionnement

  2. Afin de permettre aux élèves d’acquérir un regard critique décentré sur leurs propres travaux, les élèves se placent en petits groupes de correction.

Chacun présente à tour de rôle son travail devant les autres et tient compte des critiques afin de corriger son travail.

Exemples : correction des fiches de prise de notes, correction d’un travail de lecture…


  1. 3.Le travail de groupe créatif

  2. Se mobiliser ensemble pour créer une œuvre collective en vue d’une exposition, d’un spectacle, d’une publication…

  3. Exemples : Atelier d’écriture de nouvelles collectives, atelier d’écriture SLAM., création de calligrammes…


Pour en savoir plus

Voici quelques références pédagogiques utiles pour mettre en oeuvre le travail de groupe en classe :


Célestin Freinet :.

Henry LANDROIT, Organiser les activités des enfants, à consulter sur le site belge du mouvement Freinet,

Célestin FREINET, Les œuvres pédagogiques (2 tomes),Seuil, Paris, 1994,

Célestin FREINET, Les invariants pédagogiques, 1964. à consulter sur le site de la Fédération Internationale des Mouvements d’Ecole Moderne.


Anton Makarenko :

G.N. FILINIVI ,Anton Sémionovitch Makarenko, in Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée,Paris, UNESCO : Bureau international d’éducation, vol. XXIV, n° 1-2, 1994, p. 83-96. à télécharger sur le site de l’UNESCO.



Philippe Meirieu :

Philippe MEIRIEU, Itinéraire des pédagogies de groupe - Apprendre en groupe ? 1, Lyon, Chronique sociale, 1ère édition 1984, 7ème édition 200Mouvements d’

Philippe MEIRIEU, Outils pour apprendre en groupe - Apprendre en groupe ? 2, Lyon, Chronique sociale, 1ère édition 1984, 7ème édition 2000 .

Philippe MEIRIEU,L'Ecole, mode d'emploi - Des "méthodes actives à la "pédagogie différenciée", Paris, ESF éditeur, 1ère édition 1985, 14ème édition 2004 .

Philippe MEIRIEU, Pourquoi le travail en groupe des élèves ? Objectifs et méthodes du travail en groupe pour les pratiques de classe , in Repères pour enseigner aujourd'hui,ouvrage collectif publié par l'INRP, 1999.  (à télécharger en PDF sur le site de Philippe Meirieu )

Philippe MEIRIEU, Groupes et apprentissages , in Connexions, n° 68, Paris, 1997 . (à télécharger en PDF sur le site de Philippe Meirieu )





 

Jodelet

Mais vrai j’ai trop pleuré les aubes sont navrantes

Toute lune est atroce et tout soleil amer

                                                    Arthur Rimbaud

Nous n’assurons plus cet ordre silencieux qui domine l’assemblée des fidèles à l’église, et qu’une jambe heurtant le banc, l’entrée bruyante d’un nouveau  venu, ou un simple éternuement troublent profondément. Nous aurons l’ordre de l’usine de travail. Vous entrez dans le grand hall et vous êtes d’abord comme étourdis par le va-et-vient des ouvriers, par le mouvement en apparence anarchique des machines. Et pourtant, tout est si bien ordonné dans cet ensemble

                                                                                                                Célestin Freinet, 1960.